En dehors du centre-bourg, sur les hauteurs de Montauville, la nécropole nationale dite Le Pétant se déploie. Celle-ci rend hommage aux combattants tombés lors de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale. Les sépultures, silencieuses et lumineuses, s’alignent et se confondent en rangées de lignes égales où la paix et l’équité semblent dominer. Ces lignes blanches et parallèles épousent le dénivelé, jusqu’à l’entrée, comme pour venir chercher le visiteur. En contrebas, le jardin de la paix prend place en poursuivant cette trame. Ce tissu végétal de lignes droites, blanches et parallèles, lui aussi, – tantôt travaillées, tantôt spontanées – est ponctuellement perturbée à l’orée d’un arbre existant. L’alternance entre les cheminements piétons de pelouse et les allées végétales est une métaphore poétique des tranchées de la Grande Guerre où soldats algériens et français se sont entre-aidés pour une cause commune. Deux cultures, deux continents, deux pays, deux langues, et une amitié pacifiée que le projet tend à affirmer.
Comme un tapis d’entrée, le parterre en tuiles réemployées et concassées, invite à un rite de passage. A défaut d’enlever ses chaussures, comme on le fait en entrant dans un lieu sacré, ici, on les traîne au rythme des tuiles qui s’entrechoquent. Une fois purifié, le visiteur est invité à déambuler le long du chemin principal. Côté « jardin », les allées végétales sont libres, spontanées et dédiées à la biodiversité afin de devenir un véritable berceau du vivant. Pour le favoriser, le choix des essences est axé sur la présence de fleurs nectarifères, de baies comestibles pour les oiseaux et autres faunes. Le jardin se pare de blanc comme principale couleur au fil des saisons, symbole de la paix, d’ailleurs présente comme telle dans le drapeau algérien.
Côté « cour », les allées sont travaillées dans un esprit de jardins à la française : tantôt un massif de vivaces – ancolies, anémones … –, ou de plantations – églantiers, pruneliers…– . Au cœur, prend place une placette minérale composée d’un dallage en briques réemployées. Comme la cour des maisons algériennes, que certains soldats ont délaissé au profit du combat, ce lieu de rassemblement et d’intimité cristallise le souvenir, la rencontre et la communion des êtres. Au sol, se dessinent le tracé de ces habitations avec en son centre, une vasque d’eau. Reflet de nos consciences, ressource majeure, elle se contemple assis ou allongé sur un banc en terre cuite aux motifs orientaux. Une matérialité choisie en référence à la terre dans toute sa polysémie : cause des batailles, symbole de l’appartenance et de l’ancrage, mais aussi la matière qui tapissait les murs des tranchées où les soldats ont parfois vécus des années.