
©Openfield, Manu Vanderveken et Pauline Cap
Vingt-cinq ans après les inondations de la Somme en 2001, ce projet propose la création d’un mémorial paysager dédié à la mémoire des crues qui ont profondément marqué le territoire et ses habitants.
D’une ampleur exceptionnelle, ces inondations ont provoqué panique et désolation, effaçant en quelques jours des années de travail et d’attachement à la terre. Si des dispositifs ont depuis été mis en place pour mieux comprendre et anticiper les phénomènes hydrologiques, la mémoire de l’événement demeure vive et continue d’influencer le rapport à l’environnement.
À travers une approche artistique et contemplative, le projet souhaite inscrire cette mémoire dans le paysage, non comme une cicatrice figée, mais comme un espace de transmission et de résilience. Là où certaines villes ont transformé leurs crues en repères culturels, il s’agit ici de proposer une lecture locale et poétique du rapport à l’eau. Le site des Hortillonnages d’Amiens, façonné depuis le Moyen Âge par un patient travail d’adaptation aux niveaux fluctuants de l’eau, incarne cette relation complexe entre production, paysage et milieu aquatique.
L’intervention prend la forme d’une installation paysagère articulée autour de trois gestes.
Un ponton surélevé constitue l’élément central. Inspiré des passerelles de fortune construites par les sinistrés, il devient un repère physique et sensible, matérialisant la mémoire collective.
Sous et autour de lui, une ligne horizontale traverse le paysage. Matérialisée par une strate végétale dense et généreuse, mêlant fougères et vivaces dans une palette diversifiée, elle évoque symboliquement la présence invisible de l’eau, comme une trace persistante inscrite dans le site.
Enfin, de légers talus redessinent la topographie et contrastent avec le fond planté. Ils composent une vallée miniature : un creux fertile et vivant, bordé de coteaux plus marqués, suggérant les reliefs d’un paysage à échelle réduit.
L’ensemble est conçu selon une démarche écologique et frugale, à partir de matériaux bio-sourcés ou issus du réemploi, ainsi que de plantes indigènes. Pensée comme semi-permanente, l’installation pourra évoluer ou être démontée, certaines plantations étant destinées à s’inscrire durablement dans le site.
À la croisée de l’architecture, du paysage et de la scénographie, le projet interroge la relation entre société et nature. Marquer un niveau de crue symbolique revient à reconnaître l’eau comme force agissante dans la fabrication du paysage. Le mémorial donne ainsi une forme visible à cette présence souvent ignorée, en la faisant entrer dans l’espace commun.Le ponton, traversable, offre lui, une expérience sensible entre équilibre et contemplation.
Porté par une équipe d’architectes-paysagistes impliqués dans la mise en œuvre, le projet est réalisé dans un esprit de sobriété et de collaboration locale. En matérialisant la mémoire du niveau de l’eau, cette œuvre agit comme un repère spatial et temporel reliant passé, présent et futur. Plus qu’une commémoration, elle invite à penser notre adaptation aux mutations climatiques et à apprendre à composer avec l’incertitude.
